Tout a commencé Jeudi
Tout a commencé jeudi 23/11 à 10h : un rassemblement important d’élèves campe devant les grilles du lycée Adam de Craponne pour « bloquer » le lycée. En réalité la plupart des élèves rentre en cours et les plus concernés, ou les plus feignants il faut l’avouer, restent devant le lycée. Vers 10h20 un mouvement collectif entraîne tout le monde vers l’Empéri, l’autre lycée de la ville, pour les encourager à rejoindre le mouvement. La majorité des élèves l’ignore, mais ils manifestent contre la Loi Pécresse, loi ayant provoqué le blocage de beaucoup de facs depuis presque 3 semaines.

Tout le monde arrive devant l’Empéri, reste 10 minutes puis constate que non, les lycéens de l’Empéri ne descendront pas. Et pour cause, l’administration s’est elle même bloquée, de peur que les manifestants tentent de rentrer dans l’établissement. Ce qu’ils tentent de faire en passant par le parking. Un moment de flottement en voyant le grillage, puis ils se jettent dessus à coups de pieds pour tenter de le forcer.

Voyant que l’administration de l’Empéri relève les grilles ils abandonnent et tout le monde retourne sur les marches du lycée. Une bagarre entre 2 filles éclate, elles sont séparées par les leaders du mouvement et par la police. On annonce une assemblée générale à 14h. Tout le monde se disperse, il est 11h.
L’assemblée générale n’aura pas lieu, reportée au lendemain.

Le lendemain, vendredi, il n’y a pas de blocus. Environ 400 élèves sont présents à l’assemblée générale à 13h30. Les organisateurs rappellent leur refus de cette loi, et appellent à la grève le mardi suivant. On parle de demander des bus et de partir manifester à Aix, avec les autres. Jusqu'à mardi on lève le blocus et on fait comme si de rien n’était.
Les jours passent. Lundi matin, un tract passe de main en main durant le cours, appelant à une autre assemblée générale le midi même. Je ne peux m’y rendre, mais on me dit que le mouvement vers Aix est confirmé. Je n’en entends plus parler.
Le lendemain, mardi, aujourd’hui, j’arrive à 8h. Quelques chaînes sont en place, presque toutes les portes sont bloquées et une poubelle vide sert d’estrade improvisée aux organisateurs. Ils appellent au blocus et répèteront plusieurs fois dans la journée que le but est d’aller à Aix pour grossir les rangs des manifestants. Une rumeur court : les policiers arrivent. En fait ils resteront au bout de la rue, en prévention. Petit à petit des barrières sont apportées, le blocus prend des airs de siège. Des élèves, en haut des marches du lycée, nous regardent d’un air éberlué. On leur crie de nous rejoindre. Des élèves escaladent les grilles ou passent par la petite porte à moitié bloquée pour aller en cours. Ils se font huer. Le rassemblement se vide petit à petit. Tintin arrive, bousculé par la faune lycéenne ravie de « passer à la télé ». Il se fraye tant bien que mal un chemin dans la foule et adresse quelques mots aux organisateurs, puis repart, traumatisé ?
Une marche jusqu'à l’Empéri s’organise, pour encore une fois tenter de les convaincre de nous rejoindre. Je reste à Craponne, puis je vais chercher des cônes pour faire office de porte voix, à 15minutes de marche. Quand je reviens, la récréation est finie, il est 10h20. Le blocus a échoué, les gens sont rentrés et sortis comme d’habitude. Le groupe venant de l’Empéri revient, ils n’ont pas réussi. Des gens commencent à balancer des stylos dans la foule, puis d’autres choses. Une dizaines d’élèves se détache de la cohue pour aller voir les policiers, toujours au bout de la rue. Ils leur demandent de les aider à régler ce problème, on leur répond que c’est à eux d’instaurer leur autorité. Penauds, ils reviennent, après avoir gagné un entretien avec un journal de la région. Il y a maintenant moins d’une centaine de personnes devant le lycée, et les même individus s’amusant tout à l’heure à balancer des objets sont maintenant en train de se disputer entre eux.
La suite, je ne la connais pas. Lassée de ces pitreries, malgré mon engagement, j’accepte l’invitation d’un groupe d’inconnus et me joins à eux pour une sympathique partie de billard. Tout ce que je sais c’est qu’en retournant au lycée pour chercher les cônes, afin de les rendre aux ouvriers d’en bas de chez moi, le CPE était en train de couper les chaînes autour de portes à la tenaille, en hurlant qu’il en avait marre de « ces conneries ».
Et dire que cela va recommencer jeudi…
Bulle Dal Bianco, lycéenne d’Adam de Craponne et occasionnellement chroniqueuse pour O2Zone TV.






